#1 30-07-2021 02:29:40

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STOC-EPs

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Bonjour à tous


Puisque le site est de nouveau opérationnel, je vais faire ici un rapide récapitulatif d'un projet que je prépare depuis longtemps, et qui me tient à coeur. Depuis le début du mois de mai, je fais mon possible pour mener à bien un nouveau programme ornithologique à l'échelle de notre archipel : le STOC-EPS. J'avais prévu, dès le mois de mai d'en informer le plus grand nombre par l'intermédiaire du présent site, mais deux événements malheureux m'en ont empêché, ou du moins en ont retardé l'annonce. J'ai tout d'abord hésité à parler de ce projet sur le site, en raison du drame récent qui nous a tous fortement secoué dans les premiers jours du mois de mai. J'avais même, dans un premier temps, envisagé de le reporter à l'an prochain, car le cœur n'y était pas vraiment, et je pensais que ce n'était peut-être pas le bon moment pour en parler. Et puis je me suis finalement dit que ce serait peut-être au contraire un bon moyen de ne pas s'enfoncer davantage dans la morosité ambiante, et d'aller de l'avant.

Je m'apprêtais donc à évoquer ce projet lorsque, vers la fin du mois de mai, la panne du site ne m'a plus permis d'y accéder, et donc d'en parler. J'ai dû par conséquent commencer seul afin de respecter les dates. En fait, j'avais déjà testé le programme en question durant les trois années précédentes, mais de façon assez aléatoire, et seul là aussi. Or, il s'avère que d'après mon expérience, une personne seule ne peut pas couvrir l'ensemble de l'île dans les temps impartis. Et je ne parle même pas du reste de l'archipel, pour l'instant inaccessible pour moi. C'est la raison pour laquelle je souhaitais la participation d'autres volontaires. Etant donné que j'avais des délais à respecter, il m'a donc fallu commencer sans plus attendre, et en solitaire, alors que j'avais prévu d'avoir au moins l'aide d'un volontaire. J'espère qu'à partir du printemps prochain je pourrai compter sur cette aide, notamment pour Miquelon-Langlade. L'idéal serait de pouvoir doubler le nombre de zones à prospecter, nommées « carrés », sur St Pierre, et d'avoir au minimum trois autres carrés sur l'autre partie de l'archipel : un sur Miquelon, un sur l'isthme et un sur Langlade. J'ai bien conscience que la période de prospection choisie (de fin mai à début juillet) peut présenter un obstacle pour certains, car la période du premier passage correspond presque exactement à celle de l'arrivée massive des migrateurs printaniers, et qu'il est sans doute plus tentant d'aller à ce moment-là partir photographier les oiseaux que de s'astreindre à un programme qui pourra peut-être paraître abstrait ou rebutant à certains. Mais rien n'empêche de se livrer à sa passion pour la photo tout en participant au programme en question, les itinéraires choisis peuvent d'ailleurs aussi s'avérer riches en observations de toutes sortes.


Qu'est-ce que le STOC-EPS ?

Le Suivi Temporel d'Oiseaux Communs, par Échantillonnage Ponctuel Simple, dont l'acronyme est STOC-EPS, est un programme proposé par le Centre de Recherches sur les Populations d'Oiseaux (CRBPO), lequel représente la branche ornithologique du Muséum National d'Histoire Naturelles (MNHN). Ce programme a été initié à l'origine par l'ornithologue belge Christian Vansteenwegen à la fin des années 80, qui à l'époque travaillait pour le MNHN. J'avais d' ailleurs assisté à une démonstration de ce programme (dans sa version pour bagueurs, le STOC-Capture), à l'occasion de la venue de son auteur, lors d'un stage de qualification des bagueurs, organisé en Charente-Maritime à la fin de l'été 1990. Les programmes STOC (STOC-EPS et STOC Capture) s'inscrivent dans la durée mais sans limite de temps en ce qui concerne le protocole, d'ailleurs certaines régions françaises appliquent le programme depuis le commencement, une trentaine d'années donc. Disons qu'une durée de cinq années de suivi constitue un minimum. La quasi-totalité des régions françaises, outremers compris, ont depuis longtemps adhéré au STOC-EPS. Les seules régions qui ne s'y sont pas encore mises sont, à ma connaissance, quelques archipels éloignés, tels que la Polynésie, Wallis-et-Futuna, et...Saint-Pierre-et-Miquelon ! Mais il ne sera pas dit que nous serons les tout derniers du groupe, à prendre le dernier train !

Plutôt qu'un long discours, je vous renvoie à divers liens qui vous donneront tous les détails de ce programme. Mais le protocole pourra sembler un peu lourd et fastidieux à certains, qui ne prendront peut-être pas le temps de le lire jusqu'au bout. Voici donc, dans les grandes lignes, de quoi il s'agit : le principe est simple, il s'agit de délimiter un carré de 2 km de côté sur la carte de la région concernée, sur laquelle on y distribue de façon équidistante une dizaine de points d'écoute (EPS), espacés entre eux d'au moins 300 m. En principe, le parcours doit pouvoir être effectué le matin, entre 6h00 et 10h00, parce que c'est le matin qu'on a le plus de chance de relever la présence d'un maximum d'espèces. L'observateur s'arrête sur chaque point d'écoute et y reste pendant cinq minutes exactement. Il note alors toutes les espèces qu'il voit et entend, d'où la nécessité de pouvoir reconnaître et identifier à vue, et surtout à l'oreille, les espèces rencontrées. Lorsqu'un chant ne peut pas être identifié sur le terrain, on peut toujours essayer de l'enregistrer avec un téléphone par exemple, et de le chercher une fois de retour chez soi sur des sites de chants d'oiseaux, tel que Xeno-Canto par exemple. Je conseille d'avoir, avant de se lancer, un petit répertoire des chants des espèces les plus difficiles à identifier, sous la forme de fichiers sonores préalablement enregistrés sur son téléphone. Cela peut aider dans les cas douteux. Ensuite, on entreprend un deuxième passage à un mois d'intervalle du premier environ, sur ces mêmes points d'écoute, et en suivant le même parcours pour les deux passages. Le premier passage est plutôt destiné à cerner les migrateurs locaux, tandis que le second concerne davantage les espèces nicheuses. En métropole, le premier passage se déroule en avril, et le deuxième en mai. Mais sous nos latitudes, la migration des oiseaux ayant un bon mois de retard sur l'hexagone, on doit donc répartir les périodes de la façon suivante : fin mai/début juin pour le premier passage, et fin juin/début juillet pour le second.

En principe, c'est le coordinateur national qui tire au sort les carrés à prospecter, mais dans notre cas particulier, bien différent à maints égards du cas de la métropole, celui-ci m'a demandé de choisir moi-même les carrés en fonction des besoins, de la variabilité des milieux naturels avec leurs singularités du terrain, et des facilités d'accès aux points d'écoute. En tant que coordinateur local du projet STOC-EPS, j'ai donc organisé les carrés de façon à exploiter de la meilleure façon possible l'ensemble de l'île. St Pierre peut être découpée en neuf carrés de 4km² chacun, dix si on y ajoute les îlots qui se trouvent au large. L'île aux marins et ses satellites ne sont pas pris en compte pour le moment, surtout en raison de leur difficulté d'accès. Mais si quelqu'un possède un bateau et veut se porter volontaire pour ces îles, on créera en conséquence le dixième carré. Par contre, en ce qui concerne l'île du Grand Colombier, la nature même de cet îlot, qui est un sanctuaire d'oiseaux marins nicheurs, la met par définition en dehors du protocole. Pour la session 2021, j'ai donc prospecté sur trois carrés (I, VII et VIII), pour les raisons déjà évoqués. En effet, ces trois carrés présentent entre eux des différences notables, le carré I est au niveau de la mer, le carré VII est partiellement situé en zone urbaine et périurbaine, et le carré VIII est en altitude. Comme la volonté du CRBPO est que l'on choisisse des carrés présentant le plus de différences possibles entre eux, j'ai donc choisi ces trois-là.

Depuis sa création, le STOC-EPS a fait considérablement avancer la connaissance sur l'évolution spatiale et temporelle des oiseaux, leur démographie et leur dynamique. C'est d'ailleurs ce programme qui a mis en évidence le recul démographique alarmant de plusieurs espèces d'oiseaux en France métropolitaine. Un programme assez voisin, initié par les américains dans le passé, a fait apparaître un certain déclin d'une partie de la population du Bruant des prés, ce qui peut paraître étonnant quand on connait l'abondance de l'espèce chez nous. Mais qu'en sera-t-il demain sur la population de ce bruant dans nos régions ? Une espèce très commune peut se raréfier en quelques années, et même finir par disparaître localement, sans que cela se remarque immédiatement. Inversement, une espèce peu commune peut s'imposer démographiquement dans les mêmes proportions. Le cas des deux espèces de quiscales de nos régions, dont les statuts se sont inversés en quelques années, est un exemple assez représentatif de ces deux cas de figures en apparence opposés. Si un programme tel que le STOC-EPS était régulièrement mené dans le temps, cela permettrait de mieux constater, mieux mesurer, mieux évaluer, et mieux comprendre ce genre de variations temporelles des espèces à l'échelle de l'archipel.

Comme l'indique clairement l'intitulé du programme, le Suivi Temporel d'Oiseaux Communs est donc destiné aux espèces communes. La raison en est simple : c'est toujours à partir des espèces que l'on a sous la main que l'on travaille, donc celles qui sont communes, ou relativement communes, et en tout cas pas les plus rares. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu'une espèce inhabituelle aperçue lors d'un relevé  doive être ignorée. C'est surtout une question de statistique. La connaissance, en ornithologie comme dans toutes les autres branches de l'Histoire Naturelle d'ailleurs, repose essentiellement sur les espèces facilement disponibles et non sur les visiteurs occasionnels, qui eux sont d'un intérêt bien moindre car représentant l'exception. Ce qui n'autorise pour ces derniers aucune statistique, aucune moyenne, aucun suivi, et donc aucune étude de fond, contrairement aux autres. Etudier la phénologie d'une espèce inhabituelle, comme la Paruline des pins ou le Bruant vespéral, sur SPM, serait inutile. Par contre, la même étude sur la Paruline des ruisseaux ou le Goéland à bec cerclé serait des plus intéressantes.

Voilà, j'espère ne pas avoir été trop long quand même, mais il me fallait expliquer au minimum ma démarche. Car maintenant que le programme est lancé, je ne peux plus reculer, j'en ai pris l'engagement. Je donnerai prochainement les premiers résultats de ce programme, dont la session 2021 vient de se terminer, mais il faudra attendre plusieurs années pour une analyse plus approfondie, et pour les conclusions. Pour cette année, j'ai donc été seul sur le terrain, mais j'espère qu'à partir de l'année prochaine, je pourrai compter sur au moins une ou deux personnes motivées. La carte de St Pierre, jointe à ce message, donne la répartition des carrés, et d'une façon assez schématique celle des EPS, ou points d'écoute. Des modifications pourront être apportées sur la distribution des points d'écoute par la suite, en fonction de leur niveau d'accessibilité. Il suffirait que deux autres volontaires soient disponibles pour couvrir complètement l'île de St Pierre. Pour Miquelon-Langlade, c'est une autre affaire, si quelqu'un veut se porter volontaire pour cette partie importante de l'archipel, je lui proposerai au moins trois carrés : un pour Miquelon, un autre pour l'isthme et enfin un dernier pour Langlade.


Quelques liens utiles :

https://www.faune-france.org/index.php?m_id=20022

https://agriculture.gouv.fr/sites/minag … OC_EPS.pdf

http://www.nouragues.fr/assets/Claessen … 18-1-1.pdf

https://www.seor.fr/pdf/doc_164.pdf


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